11.05.2010
D'après la correspondance Jouvet-Garry & Tulipe ou la Protestation de Romain Gary
Mise en scène : Gabriel Garran
Avec Audrey Bonnet, Guillaume Durieux, Jean-Paul Farré, Jean-Pierre Léonardini, Sava Lolov, Pierre Vial (de la Comédie-Française)
***
Un plateau judicieusement incliné au centre de la scène, deux fauteuils de théâtre côté cour-côté Jouvet, et une valise ou un fauteuil, côté jardin-côté Gary : d'emblée, le décor nous en apprend beaucoup sur ce qui va se jouer devant nous. Les échanges entre Romain Gary (Sava Lolov) et Louis Jouvet (Jean-Pierre Léonardini) de lettres et de flatteries sont entrecoupés par des extraits de la pièce de Romain Gary, Tulipe ou La Protestation, que celui-ci n'aura de cesse de travailler et de soumettre aux remarques du maître Jouvet pendant 6 ans et jusqu'à la mort de celui-ci en août 1951.
Seulement voilà, le déséquilibre de ce dispositif apparemment séduisant survient dès que nous comprenons, au gré de leur inégale correspondance, que Jouvet n'a visiblement plus le même enthousiasme pour la pièce que ses premières lettres à Gary le laissaient penser. Son agacement devant l'insistance et l'arrogance de Gary est de moins en moins dissimulé et ses réponses finissent elles-mêmes par se faire de plus en plus espacées.
Cette opposition qui les sépare et la supériorité de prestige et de sagesse de l'homme de théâtre sur l'homme de lettres se retrouvent aussi dans l'interprétation des comédiens. Jean-Pierre Léonardini campe dès la première lettre un Jouvet magnifique de sobriété et d'intelligence tandis que Sava Lolov choisit de s'appuyer davantage sur la suffisance et l'autosatisfaction de Gary et sur l'immense dévotion de l'écrivain pour Jouvet.
Ainsi, le dispositif scénique choisi par Gabriel Garran et l'inégale aura des comédiens ne peuvent empêcher la révélation de l'échec de cette collaboration Gary/Jouvet. La mise en scène de Tulipe ou La Protestation, oeuvre mineure restée inachevée et dont de larges extraits se jouent au centre de la scène, illustre du même coup l'impuissance et l'errance désespérée de ses protagonistes sur fond de réflexions sur la Shoah et sur la naissance de l'impérialisme américain.
Jusqu'au 29 mai 2010 au Théâtre de la Commune - Aubervilliers.



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